Quel accompagnement pour les créations de danse Hip-Hop/Street Belge ?

Il y a un an, en mars 2021, une visioconférence avait été organisée par Get Down – Dancers Management à l’occasion de son lancement, avec la participation de certains artistes, acteurs du secteur et membres de l’agence : Nadine Baboy (danseuse et chorégraphe), Flora Chassang (Lézarts Urbains), Kristien De Coster (Ultima Vez), Tine de Pourcq (Mestizo Arts Festival) et Mouss Sarr (de l’ASBL Timiss).

La scène culturelle belge connaît l’émergence des créations en danse hip-hop. Que ce soit dans les rues à l’occasion de street-shows, sur les scènes nationales ou internationales, ou encore dans les publicités où toutes les occasions sont bonnes pour choisir des danseur.euse.s afin de tester les produits, les artistes hip-hop belges sont finalement un peu plus sur le devant de la scène, après avoir été laissés de côté pendant de nombreuses années. Cette émergence, relativement récente en Belgique, a donc créé le besoin pour celleux-ci d’être accompagné.e, et différentes formes d’accompagnements sont envisageables.

Quelles sont les différentes formes d’accompagnement pour ces artistes ? 

Souvent victimes de préjugés, les artistes hip-hop connaissent de véritables changements et évolutions au cours de leur carrière. Ainsi, l’accompagnement se doit progressif et personnalisé. Un.e danseur.euse en début de carrière n’aura pas les mêmes attentes, les mêmes projets et les mêmes besoins qu’un artiste ayant déjà une renommée et des années de carrière derrière lui ; il est donc important que cet accompagnement soit progressif, au fur et à mesure que la carrière évolue. 

En effet, le plus dur pour chaque danseur.seuse et chorégraphe, n’est pas de créer, mais de vivre de leur art. C’est pourquoi iels ont besoin d’être entouré.e.s et aidé.e.s. Si l’artiste se retrouve seul.e, alors iel a alors trop de rôles à assumer : des tâches administratives telles que la préparation des dossiers de subventions, en passant par la diffusion ou encore la communication, laissant en réalité peu de place au temps de création. Le problème est que la culture hip-hop connaît un manque de lieux de formation, et que les artistes issus de cette culture sont autodidactes : ceux-ci ne connaissent donc pas le circuit institutionnel et les démarches à suivre. 

Préjugés et difficultés

L’émergence de la culture hip-hop est relativement récente en Belgique. En effet, la scène culturelle belge est, depuis des années, plutôt habituée aux autres arts vivants comme le théâtre, la danse étant en général considérée comme « la petite sœur » de ceux-ci. En effet, Kristien De Coster, directrice générale d’Ultima Vez, a mentionné une étude prouvant qu’il n’y avait auparavant que 3% de la programmation des centres culturels et d’art qui concernait la danse. Ce pourcentage alarmant montre un véritable désintérêt de la part des médias, mais aussi des programmateur.euse.s envers cette culture, se traduisant souvent par un manque d’opportunités pour les artistes. De plus, jusque récemment en Belgique, les scènes culturelles ne comptaient pas ou très peu de spectacles de danse hip-hop, et selon Kristien de Coster ceci est dû à la renommée que le pays a pour la danse contemporaine. Il existe donc ici en Belgique un véritable racisme institutionnel, et une négligence envers les artistes de la culture hip-hop. Par manque de reconnaissance dans le pays, beaucoup de danseur.euse.s de hip-hop belges décident de s’exiler en France, ou encore en Angleterre afin d’acquérir plus de valeur et d’opportunités, ce dont témoignait Mouss Sarr à nos côtés.

Les métiers de danseur.euse ou encore de chorégraphe sont ainsi très peu reconnus, ceux-ci étant relativement plus utilisés pour sublimer tout autre art, qu’en tant que projet à part entière. Un changement dans les mentalités doit s’opérer, afin de considérer cet art comme un métier à part entière, et de permettre de valoriser la professionnalisation de cet art. 

Vers une ouverture culturelle ?


Il est grand temps que cet exode des talents belges se termine. C’est pourquoi ces dernières années, les créations en danse hip-hop sur la scène culturelle belge émergent et continueront d’émerger. L’hypothèse de la génération est ici fondamentale. En effet, lorsque les programmateur.euse.s, ayant commencé leur carrière au début de la culture hip-hop, c’est-à-dire dans les années 1980, seront à la tête des grandes institutions, alors le hip-hop aura potentiellement plus de chance d’être programmé. 

L’histoire et la culture hip-hop connaissant un lien très fort, le mouvement Black Lives Matter, né en 2013, a créé une véritable prise de conscience de la représentativité des lieux culturels. Cependant, ceux-ci étant habitués à un certain public, ne veulent parfois pas changer le type de leur programmation. L’évolution vers plus de spectacles de danse dans les lieux culturels francophones se veut ainsi très lente, mais reste positive.

Étant sous-évalués en tant que professionnels, les talents belges doivent se voir en tant que projets d’entreprises à part entière. Cependant, ceci reste très compliqué, dans un monde où cette discipline est peu reconnue et valorisée. La clé de toute progression commence par la confiance en soi et se considérer avec de la valeur, afin d’investir et de s’investir. Nadine Baboy, artiste hip-hop accompagnée par Get Down en témoignait il y a un an : « C’est important de d’abord commencer par investir en soi-même et je pense que c’est vraiment un shift de la mentalité qu’il faut et j’encourage vraiment tous mes frères et sœurs de la danse, la communauté artistique street hip hop ». Croire en soi afin de permettre aux gens de s’intéresser, tel est le secret.

En Belgique, l’intérêt pour la danse hip-hop est réel, et grandissant. Cependant, ce sont souvent les mêmes artistes qui sont en tête de liste, et les créations artistiques sont souvent peu reconnues. Beaucoup de danseur.euse.s se retrouvent relégué.e.s dans des écoles de danse où iels se trouvent en position de faiblesse face aux artistes habitués à arpenter les scènes, et ainsi terminent découragé.e.s. 

L’accompagnement des artistes hip-hop belges est ainsi nécessaire, afin de maintenir ce vivier grandissant et talentueux. Un manque de reconnaissance, structure ou d’opportunité ne peut plus donner lieu à un exode ou une limitation de ces talents. Et c’est pourquoi Get Down-Dancers Management est né.

Rédigé par Louise Giraud, stagiaire chez Get Down

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